Ce site est consacré à la fibromyalgie et tout ce qui tourne autour de cette pathologie si douloureuse et du handicap qu'elle génère. Un des buts est d'en partager les connaissances et les conséquences souvent désastreuses qu'elle a à tous les niveaux de la vie. La fibromyalgie nous concerne TOUS, et de plus en plus ; elle est en passe de devenir un véritable phénomène de société, un problème de santé publique si aucune solution n'est trouvée rapidement. 3 millions d'enfants, de femmes, d'hommes, et sans doute davantage en raison d’erreurs chroniques de diagnostics et de l'aveuglement de certains médecins, en sont atteints en France, pays des droits de l'homme qui pourtant étouffe en permanence cette maladie handicapante et ignore de manière brutale les fibromyalgiques et les répercussions ultra-violentes que cette maladie ô combien douloureuse a sur les malades. On persiste à la qualifier de maladie nouvelle qui n'aurait que quelques dizaines d'années... C'est pourtant ignorer le fait qu'on en parle déjà au début du 19e siècle... le nom a évolué au bon vouloir des médecins, mais la maladie reste la même et provoque toujours plus de dégâts...
A nouveau un petit jeu où nous retrouvons nos amis habituels, sur le thème du « salon de thé ». Bien sûr, quelques mots à placer : aigle, fée, voile, cristal, page.
Pour toi l’ami métalleux, tu te reconnaitras…
LE THE AU HAREM DE JACK & GLEN
Par David LASSALLE
Le forum des halles de Paris est un repère de fauves en tous genres. Les humains côtoient les animaux les plus sauvages ; même si ces derniers ne marchent pas forcément à quatre pattes… toutes les classes sociales s’y côtoient et se tolèrent.
Lorsque Jack arrive sur place, il n’a qu’une envie, tourner une page de sa vie.
Les derniers mois ont été des plus éprouvants. La maladie et le décès de son père l’ont malmené au plus haut point.
Au bord du gouffre, il marche sur le fil du rasoir.
Son soulagement, il le puise dans la guitare. Outil d’une vie, don qu’une fée lui a fait en se penchant sur son berceau, il excelle dans son domaine, et s’y donne à corps perdu.
La musique est sa passion, son exutoire.
Lorsque ses doigts de cristal frôle les cordes, les vibrations l’emplissent jusqu’au plus profond de son âme. Les notes dansent au bout de ses mains.
Dans ces moments de délices, le voile se lève sur sa tristesse, et la musique le porte à bout de bras, l’emportant dans une transe que lui seul maitrise.
Il a l’habitude de se retrouver avec son pote Glen dans un salon de thé au troisième niveau du forum des halles. Le mercredi est le jour des enfants, mais aussi celui des deux amis deux fois par mois.
Ils passent des heures entières à discuter autour d’un thé et de quelques pâtisseries.
Après tout, le lieu est bien plus convivial qu’une webcam sur un ordinateur ou une conversation téléphonique.
Assis à une table, Glen l’attend déjà et est en train de lire un bouquin. Surement un des derniers polars sur le marché. Il est dingue de cette littérature et en dévore d’un bout de l’année à l’autre.
Jack se fige, un peu en retrait de la vitrine, afin d’ôter les écouteurs de ses oreilles. Métallica décime ses tympans à grand renforts de décibels outrageuses. Ce groupe qu’il suit depuis si longtemps le réconforte à sa manière. La brutalité des mélodies lui donne l’envie de se battre, l’aide à aller à contre-courant de ses propres désirs.
Il ouvre la porte de la boutique, salue Tarja, la maitresse des lieux, d’un mouvement de tête. Elle le regarde passer d’un air interrogateur, un plateau vide posé sur son avant-bras. Jack est un personnage enjoué habituellement, et son salut distant la trouble.
Il file directement s’asseoir à la même table que d’habitude, face à Glen.
Rien ne change ici-bas ; du moins pas ce que l’on souhaite…
Glen pose son livre sur la table. « Le testament de Sherlock Holmes » de Bob Garcia.
Décidément, le sort s’acharne à lui rappeler les malheurs qui l’accablent ces derniers temps.
Glen s’excuse de sa maladresse, en tentant de soustraire l’ouvrage aux yeux de Jack, mais trop tard.
Il n’a pas revu son ami depuis qu’il lui a annoncé la mort de son père. Il parait vieilli de dix ans, le visage ravagé, le teint cireux. Les profondes cernes sous ses yeux en disent long sur sa qualité de vie depuis quelques temps.
La pudeur de Jack l’empêche bien souvent de se confier et d’ouvrir son cœur. Mais les vannes de ce dernier sont tellement lourdes face à ce tsunami d’émotions qu’il se met à déverser un flot de paroles que Glen n’ose interrompre.
Jack parle de son père, de l’amour qui continue de les unir au-delà de cette séparation inévitable.
Il dévale les années et retourne jusqu’à son enfance, se remémore son père en train de lui lire des histoires, au pied de son lit, soir après soir.
Le père, cette figure emblématique de la famille.
Les ballades en vélos le week-end, en forêt, avec en prime un pique-nique improvisé.
Il se souvient de cet endroit où ils avaient pu toucher du regard un aigle royal ; quel animal majestueux.
De beaux moments de complicité entre un père et son fils.
Les odeurs et parfums de son enfance viennent le caresser, le submerger, l’espace d’un instant. Comme cette sensation est étrange et troublante.
Un torrent d’eau salée commence à se déverser sur son visage, sans que Jack en ait conscience…
Glen le regarde, profondément ému de voir la détresse de son ami.
Tarja n’ose pas venir prendre la commande des deux hommes tellement la situation semble échapper à tout contrôle. Alors elle les laisse discuter.
Plusieurs heures s’écoulent dans cette ambiance feutrée, apaisante. Les deux complices ont fini par se laisser tenter par quelques thés aux saveurs subtiles, malgré la douleur partagée.
Lors de leur séparation, Jack a le cœur légèrement moins gonflé par la peine.
Parler avec son meilleur ami de son père et de leur vie lui a apporté un peu de réconfort. Mieux-être passager, mais indispensable.
Premiers pas vers l’équilibre retrouvé.
Jack remet ses écouteurs sur les oreilles et écoute à nouveau ces riffs endiablés, cette musique salvatrice.
Coupé du monde par ce rideau musical, son esprit se concentre sur les notes et les lignes mélodiques.
Une fois rentré chez lui, Jack fonce dans son garage, prend sa guitare et laisse ses doigts effleurer les cordes jusqu’à ce que des crampes lui saisissent les mains et les avant-bras.
Trempé de sueur, exténué, ses yeux font le tour de la pièce avant de s’arrêter sur cette photo posée dans un coin ; deux générations posent dessus, mais la joie de vivre qui se lit sur son visage et celui de son père lui donne la force de continuer à se battre…
Paroles, paroles, paroles…
Par Anne HURTELLE
Saynète :
Tarja
Glen
Jack
La patronne
Une fin d’après-midi dans un petit salon de thé provincial. Tarja et Glen, seuls dans le salon, dégustent un thé de Madagascar. En fond musical, quelques somptueuses notes de musique classique mêlant Mahler, Chopin…
Glen : Ah Barbara…
Tarja : Tarja, moi c’est Tarja, pas Barbara ! C’est quoi cette obsession ?
Glen : L’aigle noir, j’ai été bercé par lui, excuse-moi…
Tarja : Quand même, de là à te faire oublier mon prénom !
Glen : Il me faut un peu de temps Tarja, c’est un vrai traumatisme pour moi.
Tarja : À ce point ??
Glen : Si tu savais…
Tarja : Dis-moi…ça fait tout de même trois jours qu’on se fréquente, tu peux bien ma parler de ce que tu
considères être un traumatisme. C’est pas rien un traumatisme…
Glen : Je ne le considère pas comme tel, c’en est un Barbara !
Tarja : Tu recommences !
Tarja semble de plus en plus excédée, elle s’agite nerveusement sur son siège.
Glen : Pardon, pardon ! Tu es Tarja oui…ma petite fée à moi.
Tarja (rassurée) : Je préfère ça. Alors, si tu levais ce voile mystérieux posé sur l’aigle
noir ?
Glen (gêné et pensif) : Tu sais…
Tarja : Je t’écoute Glen, parle, tu le peux et ça te fera du bien.
Glen (prenant une grande inspiration) : Un beau jour…ou peut-être…
Tarja : Ah non ! Je suis Tarja, tu es Glen, ni toi, ni moi ne sommes Barbara, merde alors !!
La patronne (d’un pas hésitant, se dirige vers leur table) : Un problème
messieurs-dames ?
Glen rougit, baisse la tête, tandis que Tarja s’emporte violemment.
Tarja : Un problème ? Un sérieux même ! Mettez ce monsieur à la porte ou je
m’en charge !
La patronne (éberluée): Mais madame, je ne peux pas…
Tarja : Très bien. Glen, tu dégages avant que je t’en colle une sucrée au sirop d’érable !
Hébété, Glen obtempère, échange un regard perplexe avec la patronne puis sort, abasourdi. Tarja soupire de soulagement.
Tarja (à la patronne) : Quoi ? Pas la peine de me regarder comme ça ! Je sais ce que je fais ! Je vais me calmer, finir ce délicieux thé et partir gentiment, ne vous inquiétez-pas…
La patronne retourne derrière sa caisse en adressant un sourire forcé à Tarja. La porte du salon de thé s’ouvre, faisant tinter de petites clochettes. La patronne accueille alors poliment un homme que la beauté n’a pas oublié. Comme éblouie, Tarja s’empresse de convier le bel homme à se joindre à elle.
Jack : Euh…si vous voulez, pourquoi pas ?...
Tarja : Je sais, c’est assez inhabituel comme procédé mais je n’ai pas pour habitude de prendre des chemins
détournés. Vous m’avez immédiatement…charmée, je n’y peux rien ! Moi, Tarja.
Jack (rit à pleins poumons) : Moi, Jack. Fan de Tarzan peut-être ?
Tarja : Ah non, ne me parlez-pas de fanatisme, j’ai eu ma dose !
Jack (dans un sourire confus) : Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous froisser Tarja…
Tarja (les yeux pétillants) : Ouf, vous au moins, vous ne m’appelez pas Barbara !
Jack (incrédule) : Quelle idée ! Pourquoi le ferais-je ??
Tarja (dans un long soupir) : Ah…c’est une longue histoire, sans intérêt qui plus est ! J’aime
autant tourner la page…
Silence tendu
Jack : Je vous regarde et je vois une femme fragile…
Tarja : Comme tant d’autres…
Jack : Non non, vous, c’est différent…je le sens…
Tarja ne sait plus où poser les yeux, soudainement émue et perdue, comme prise en flagrant délit.
Jack (fixant la jeune femme avec insistance) : Oui, c’est bien ça…tel un cristal
précieux que l’on craint de briser…
Tarja (séduite, ébahie) : Comme c’est joliment dit Jack !
Un silence empreint de sensualité à fleur de peau prend place, mettant Jack et Tarja face à leurs émotions bouillonnantes.
Tarja : Si on quittait cet endroit Jack ?
En guise de réponse, l’homme règle la note et invite Tarja à sortir.
Tarja : T’es garé loin ?
Jack, dans un mouvement de tête faussement modeste, désigne une Harley stationnée non loin de la vitrine du salon.
Tarja (émerveillée) : Tu…elle est à toi ?? Quelle classe ! Je sens que
tu me réserves encore de belles surprises !
Jack (ouvrant la porte de la boutique en gentleman, fait signe à Tarja de le précéder) : Oh Marie, si tu
savais…
NOIR
On entend un claquement brutal. La porte ?
Le lait-thé coule dans tes baisers…
Par Christine LAVERNE
Glen inspira et expira violemment. Bon, j’y vais. Allez, courage ! Puis s’extirpa de la voiture. Un instant
d’hésitation en fermant la portière avec l’envie brutale de retourner dans les entrailles métalliques.
Non ! Pas question.
Du petit parking il lança un regard aux alentours. Dans le jardin public voisin les enfants jouaient et riaient, les joggeurs trottinaient ou étiraient leurs muscles, une belle assise sur un banc
tournait les pages d’un livre. Tous totalement indifférents à ce que pouvait vivre et ressentir cet homme, anonyme entre les anonymes.
Il se redressa, gonfla ses poumons. C’est l’heure. Et se dirigea vers l’entrée du salon de thé.
Coup d’œil furtif, reflet dans la vitrine. Je ne suis pas trop mal. Il passa la main dans ses cheveux, poussa la porte.
Elle était là. Déjà ? Déjà. Lui qui pensait pouvoir prendre quelques repères, une contenance, simplement son courage, en l’attendant…. Pas le moment de flancher, depuis le temps, souris, Glen,
souris.
Cela faisait si longtemps qu’ils se connaissaient. Amis de longue date, c’est comme ça qu’on dit ? Amis, amants parfois. Avec ce lâcher-prise que favorise la proximité physique, la complicité. Il
avait été témoin de ses joies. De ses peines surtout. Glen tu es toujours là pour moi. Oui, Tarja. Tu le sais bien. Aucun chagrin d’amour de cette fée aux yeux de chat ne lui était inconnu. A
chaque fois il avait patiemment séché les larmes, consolé, cajolé, jusqu’à réussir à la faire sourire à nouveau.
Prête à repartir dans d’autres bras. Toujours en quête, toujours en mouvement.
Glen restait là, enserrant le vide, le cœur en miette. Attendant qu’elle lui revienne. Tu es le seul à me connaître, à me comprendre, hein Glen ? Oui ma belle.
Oh Glen je voudrais qu’un aigle m’emporte, disparaître à jamais. Mais Glen pourquoi ? pourquoi il ne m’aime plus, pourquoi ça ne marche pas avec lui ?
Lui… Le prénom changeait souvent, mais c’était toujours Lui. Un autre. Toujours un autre. Jamais lui, Glen.
Mais elle lui avait envoyé un mail. Puis lui avait téléphoné. Glen, viens vite. J’ai besoin de te voir. Si tu savais. Enfin ! Oui enfin. Tu dois t’en douter ! Mais je vais te le dire. Viens.
Avec sa voix. Celle murmurée aux oreilles. La voix un peu rauque. Sa voix avec le voile qu’il était seul à voir et à entendre frémir lorsqu’elle se faisait proche. Toute proche.
Viens !
Il y avait des sourires, il y avait du bonheur dans cette voix. Pas comme toutes les autres fois lorsqu’elle s’effondrait, au bord des larmes, et se cassait net sur un sanglot.
Il se dirigea vers elle. Comme elle est belle. Elle a son visage des jours lumineux, sa peau des matins d’été.
Il déplaça la chaise, s’assit en face d’elle. Elle posa sa main sur la sienne. Glen quelles jolies fleurs ! Il ne fallait pas !
Il sentit la peau douce, vit les ongles parfaits, les fines bagues toujours trop nombreuses. Le petit cristal de roche au creux du cou. Les ombres jouant dans l’échancrure du chemisier de soie.
De la soie. Mon Dieu Glen. Mais quelle idée. J’ai l’air de quoi avec mes fleurs des champs. Alors qu’elle mérite des orchidées. Des fleurs rares. Mais regarde-la. Regarde-toi. Sombre bourrin.
Crétin. Elle est tellement… elle est si… et toi….
Elle sentait le musc blanc avec un rien de framboise. Et elle avait son visage de oh Glen je suis bien avec toi. Glen serre-moi fort. Le visage des discussions jusque tard dans la nuit, jusqu’à
l’aube qui les surprenait enlacés.
Tu ne sers pas le thé ? Voyons Glen, tu sais bien que le thé blanc doit infuser plus longtemps. Pétillement du regard, moue amusée. Cette moue qu’il connaît si bien. Lèvre supérieure gonflée,
petit pli au coin de la bouche. Minuscule fossette qu’il a envie d’embrasser. Pas encore. Pas tout de suite. Oh Tarja je vais enfin te le dire. Mais toi d’abord. Je suis là. J’espère. Ton sourire
il est pour moi n’est-ce pas. Rien que pour moi. Tu me frôles du regard avec tes battements de cils.
Elle inclina sa tête, la posant au creux de sa main, main en conque caressant la joue. L’autre main libellule mutine. Bourdonnement de doigts autour de la tasse, de la soucoupe, puis qui se
posent sur les fleurs.
Glen que j’aime, mon ami-amant de toujours… le regard se perd sur le côté, devient rêveur
Glen sentit alors ses mains se crisper sous la table. Non, pas montrer. Je mets mes mains à plat. Contrôle, oui contrôle. Le moment que tu attendais va te cueillir au vol. Il va fondre sur toi.
Je suis prêt. Tu peux venir, l’aigle, et nous emporter. Nous emporter tous les deux.
Je voulais te voir. Glen… Je voulais te dire…. Mais tu le sais déjà n’est-ce pas.
Il ouvrit la bouche, mais aucun mot. Ils restent tous en attente, suspendus aux lèvres qui vont lui dire. Et il pourra ensuite répondre. Oui Tarja. Je t’aime. Depuis toujours. C’est oui. Oui à
tout.
Glen, tout va changer maintenant. Je suis heureuse, heureuse. Grâce à toi qui a toujours été là.
Il ne put que la regarder. Poser ses mains ouvertes sur la table pour qu’elle y pose les siennes. Oui. Oui. Oui. Tu es heureuse, je le vois. Je le suis aussi puisque tu l’es et que nous le serons
tous les deux.
Glen, je voulais te présenter quelqu’un. Jack. Nous nous aimons. Nous allons nous marier. C’est une histoire folle. Nous sommes fous.
Jack était assis à la table d’à côté. Il se leva pour se présenter. Ombre projetée sur la table.
L’aigle était bien là. Serres en avant. Dilacérant le cœur de Glen avant de l’emporter.
Conversation… mondaine !
Par Jean BEDROSSIAN
La fin de journée ensoleillée était parfumée des senteurs printanières. Un homme marchait la tête basse et les
épaules voutées, comme s’il portait un fardeau trop lourd pour lui. Son regard brillait d’une lueur étrange, il semblait fixer un point au loin, visible de lui seul. Il s’arrêta soudain devant
une vitrine faiblement éclairée. Il se redressa lentement et il fut surpris lorsqu’une main se posa sur son épaule.
- Alors, Glen ! Que fais tu donc ici ?
Surpris, Glen se tourna vers celui qui l’interrogeait et son regard s’illumina un bref instant.
- Hello, Jack. Rien, je ne fais rien !
- Si tu as quelques instants, entrons dans ce salon de thé. C’est celui de Tarja.
- Pas trop envie, Jack. Ce n’est pas la grande forme.
- Justement, viens !
- Quelle heure est-il ? demanda alors Glen.
- Il est dix-sept heures.
- Ah ! C’est donc l’heure du thé ! Allons-y Jack.
Les deux hommes entrèrent dans le salon de thé et s’installèrent dans un coin isolé, à l’abri des regards. Tarja les aperçut et se dirigea vers eux.
- Alors, les play-boys en vadrouille, qu’est ce que je vous sers ?
- Je peux avoir un whisky, demanda Glen d’une voix un peu trop forte.
- Désolée, tu sais très bien qu’on ne sert pas d’alcool ici.
Glen passa sa main devant son visage, comme pour chasser un voile noir qui assombrissait sa vue. Il caressa plusieurs fois son menton du dos de sa main. Tarja interrogea Jack du regard, surprise
par le comportement inhabituel de Glen. Celui-ci regardait encore dans le vide, l’air complètement absent. Jack fronça les sourcils et commanda deux thés à la menthe, en demandant s’il était
possible de les servir dans des verres en cristal. Tarja opina et repartit vers le comptoir, déboussolée par l’attitude de Glen. Elle l’avait déjà vu en petite forme mais jamais comme
aujourd’hui, et elle en était un peu inquiète. Connaissant la grande complicité et la confiance forte entre Jack et Glen, elle se doutait que Jack parviendrait à faire retrouver le sourire à leur
ami commun. Elle prépara leur commande rapidement et elle ajouta un assortiment de chocolats. Elle s’approcha de la table des deux hommes et elle fit un signe de tête à Jack, qui lui répondit par
une moue d’incompréhension.
- Que se passe-t-il, demanda Jack.
- J’ai fait un rêve étrange la nuit dernière. Un cauchemar peut-être, je n’en sais rien !
- Tu veux m’en parler ?
- Ouais !
- Prends ton temps, je t’écoute.
J’étais à la montagne, seul, et je gravissais une pente enneigée. J’ai senti une présence tout près de moi, et je me suis arrêté. Il y avait une femme qui ressemblait à une fée. J’étais
surpris car malgré le froid glacial, elle ne portait qu’une simple robe. Elle m’a souri et je me suis approché d’elle mais elle a alors disparu. Je me suis tourné de tous côtés et je ne l’ai plus
revu. J’ai donc continué à monter encore plus haut et je me suis retrouvé au sommet de cette petite montagne, sans savoir comment j’y étais parvenu. Je me suis alors étendu sur la neige qui m’a
paru froide et douce à la fois. Je voyais les nuages chargés et il a commencé à neiger très fortement, mon corps commençait à être entièrement recouvert. Je me sentais bien et j’avais
sommeil.
- C’est étrange, Glen ! S’endormir ainsi, on risque de ne jamais plus se réveiller.
- Tu as raison, Jack. J’étais envahi d’une douce torpeur. Je sentais qu’une page se tournait, la page de ma vie sans doute. Mais laisse-moi poursuivre.
- Ok !
Soudain, j’ai aperçu un aigle qui volait haut dans le ciel. Il semblait tourner lentement autour de moi et il se rapprochait de plus en plus. J’ai souri en me disant que j’étais dans un
désert sans lumière et qu’il s’agissait d’un vautour, pour lequel j’étais devenu une proie inoffensive. Mon corps s’engourdissait de plus en plus et j’avais du mal à garder les yeux ouverts. Et
puis, j’ai entendu une voix profonde, chaude et douce à la fois.
- Qu’as-tu fait de ta vie, me demandait cette voix.
- Rien ! J’avais des rêves et j’ai tout fait pour les détruire.
- Réfléchis bien, insista alors la voix.
- Réfléchir ? Mais à quoi donc ?
- Je ne peux pas réfléchir à ta place !
- Tu as raison, Aigle noir ! En croyant bien faire, je détruis toujours ceux que j’aime. Je veux semer les rires et la joie, et je ne suis capable que de récolter les larmes et la désolation
!
- C’est vraiment ce que tu penses ?
- OUI ! La première fois, j’ai pensé que c’était dû au hasard. La seconde fois, c’était une coïncidence. Mais à partir de la troisième fois, c’était une habitude, non ?
- C’est à toi de trouver la réponse !
- Je me suis alors réveillé brutalement, le corps trempé de sueur, dit alors Glen.
Jack observa longuement son ami en silence, plongé dans ses pensées, ne sachant pas quoi dire.
- Ne dis rien, Jack. Les questions n’ont pas toujours de réponses !
Malaise
Par Myrine
LEROY
Tarja quitte son manteau de laine noir et le pose à côté d’elle, prenant garde de ne pas le froisser. Ses mains
sont glacées. L’hiver s’étire cette année encore. La banquette en skaï rouge est accueillante et judicieusement placée. D’ici, elle peut observer les allées et venues de tous.
Avant de s’y installer, elle a, comme d’habitude, longuement erré entre les rayons de la librairie où s’est récemment ouvert ce salon de thé. La douzaine de tables convient parfaitement aux
habitués en quête d’un peu de tranquillité.
Tarja a pris son temps pour feuilleter quelques livres au hasard, en caresser les couvertures et respirer le parfum si caractéristique de leurs pages.
Aujourd’hui pourtant ce n’est pas le plaisir des livres qui l’a guidée, mais un questionnement. Depuis quelques jours en effet, une insistante fatigue se fait chaque jour plus pesante. Quelques
étourdissements rythment aussi son quotidien. Elle a bien compris de quoi il s’agissait. Mais c’est une manie chez elle, avant de consulter, Tarja préfère toujours s’informer, glaner dans quelque
ouvrage des précisions sur ce qui la préoccupe.
Etourdie par la chaleur dans les étages, elle demande à la jeune serveuse un verre d’eau avec son café puis se cale au fond de la banquette. Le calme, pourtant respecté d’ordinaire, est soudain
interrompu par l’arrivée sonore de deux hommes qui prennent place, juste en face d’elle, autour d’une haute table entourée de tabourets étirés.
- Jack, je te répète que l’oiseau que j’ai vu en arrivant à la gare, ce matin, est un aigle!
- Si tu le dis… après tout ce ne serait pas étonnant de voir un tel volatile ici, au milieu des montagnes.
Tarja n’en croit pas ses oreilles. Les vacances d’hiver ont encore déversé ici leur lot de parisiens conquérants et savants. Un aigle planant au dessus de la ville… On a échappé au dahut volant
et au condor !! En sortant, il faudra que je prenne garde à ne pas me faire renverser par un bouquetin fou, se dit-elle.
Elle observe discrètement les échappés de la capitale. Inutile de savoir lire dans le marc de café ou consulter une boule de cristal pour deviner que le tandem est venu pour dévaler les pistes
enneigées d’une station de ski alentour. Ils sont tous les deux déguisés en parfaits surfeurs, prêts à poser leur séant sur un télésiège ballant. Ne leur a-t-on pas dit que dans cette capitale
des Alpes seulement, on ne circule pas sur des traîneaux tirés par des chiens et que les moon-boots ne font pas partie du costume local! C’est à se demander ce qu’avait bu la fée qui s’est
penchée sur leur berceau! Un bol de Chartreuse Verte…peut-être.
Le carré de chocolat qui accompagne le café a en partie fondu au contact de la tasse chaude. Tarja peste intérieurement et soupire.
Alors qu’elle s’apprête à sortir un mouchoir de sa poche pour s’essuyer les doigts, un vertige grandissant l’a fait osciller. La tête lui tourne, la nausée l’étreint. Elle laisse alors échapper
sa tasse qui rebondit sans se briser sur le sol et finit sa course entre les tables. Les deux hommes sursautent puis se tournent aussitôt en direction de Tarja.
- Eh, Glen, je crois que la p’tite dame nous fait un malaise !!
- Je ne suis ni secouriste ni médecin moi !! rétorque aussitôt Glen. Le bouche-à-bouche je ne le fais que sur les corps animés !
- Personne ne peut l’ignorer! … Viens donc plutôt m’aider à la soutenir.
- Ça, je sais faire… mais qu’est-ce qu’elle nous fait là ? Il y a dix secondes à peine, elle était toute rouge et la voilà pâle comme…, comme une merde de laitier... c’est bien comme ça qu’on dit
?
- Pas le moment de faire de la sémantique! Occupe-toi d’elle un instant, je préviens les secours; je n’aime pas ça.
- M’occuper, d’elle, m’occuper d’elle… Jack, je suis sensé faire quoi au juste?
- Raconte-lui une de tes histoires…ça la gardera éveillée ! Tiens, celle de l’aigle posé sur les pantographes du TGV, par exemple.
Tarja sent un voile épais passer sur ses yeux, des mains lui serrer les bras, et puis des voix, au loin. Elle peine à respirer. La serveuse apporte précipitamment un verre d’eau et une serviette
humide qu’elle tend à Glen pour qu’il la passe sur le visage de la jeune femme évanouie. Jack a rangé son téléphone portable dans sa poche et aide son ami à étendre Tarja sur la
banquette.
- Les pompiers m’ont expliqué ce qu’il faut faire, se targue-t-il.
- Bon, bon, laissons faire le doc… à toi les maux, à moi les mots donc, lance-t-il, vexé.
Quelques instants plus tard, le salon de thé de la librairie ressemblerait presque à un hôpital de campagne.
- Mais qu’est-ce que tu leur as dit pour qu’ils sortent toute l’artillerie lourde, Jack ?
- Simplement que tu étais là… ils savent que tu as l’habitude de briser les cœurs !! Tu es connu comme le loup blanc.
Pendant d’interminables minutes, les pompiers s’activent autour de Tarja qui reste inanimée.
Quelques clients s’avancent inévitablement, tirant le cou pour apercevoir la scène. L’un d’eux, qui se dit médecin, se faufile entre les chaises en désordre et se penche sur Tarja. Posément, il
ausculte la jeune femme qui revient progressivement à elle. Pendant qu’il lui prend le pouls, elle lui confie son état à l’oreille.
Après s’être entretenu avec les pompiers présents, il s’approche des compères puis s’adresse sans hésiter à Glen.
- Vous êtes le futur papa, je suppose. Rassurez-vous, il n’y a rien de grave. Elle doit, malgré tout, être conduite à l’hôpital pour des examens complémentaires. Vous pouvez l’accompagner si vous
le souhaitez.
Glen, interloqué, n’a pas eu le temps de répondre. A côté de lui, Jack arbore maintenant un large sourire et tape allégrement dans le dos de son ami.
- Monsieur fait son cachottier!! Depuis le temps que je te répète, mon vieux Glen, que les vallées te conviennent mieux que les montagnes!
- Sauf que dans les vallées, cher ami, je sais qu’il y fait froid et que je sors toujours bien couvert!! Bon, assez rigolé, là ! Puisque maman est entre de bonnes mains… je file me préparer. J’ai
des pentes à dévaler, moi !!
- Tu as raison, papa…. Allons nous faire tirer les fesses par les remontées mécaniques de la région !!! lance Jack hilare.