Ce site est consacré à la fibromyalgie et tout ce qui tourne autour de cette pathologie si douloureuse et du handicap qu'elle génère. Un des buts est d'en partager les connaissances et les conséquences souvent désastreuses qu'elle a à tous les niveaux de la vie. La fibromyalgie nous concerne TOUS, et de plus en plus ; elle est en passe de devenir un véritable phénomène de société, un problème de santé publique si aucune solution n'est trouvée rapidement. 3 millions d'enfants, de femmes, d'hommes, et sans doute davantage en raison d’erreurs chroniques de diagnostics et de l'aveuglement de certains médecins, en sont atteints en France, pays des droits de l'homme qui pourtant étouffe en permanence cette maladie handicapante et ignore de manière brutale les fibromyalgiques et les répercussions ultra-violentes que cette maladie ô combien douloureuse a sur les malades. On persiste à la qualifier de maladie nouvelle qui n'aurait que quelques dizaines d'années... C'est pourtant ignorer le fait qu'on en parle déjà au début du 19e siècle... le nom a évolué au bon vouloir des médecins, mais la maladie reste la même et provoque toujours plus de dégâts...
Une nouvelle petit joute sur le thème du bal masqué.
Des mots à placer : aber, sabre, inca, cactus
PSYCHOPOMPE BRETONNE
Par David
Tout au fond de l’aber, cet estuaire breton, se joue un jeu bien dangereux. Lorsque le sabre fend l’air une première fois, le sifflement émis par la lame a un bruit souple et mat. Aucun impact ne vient pourtant troubler sa terrible lancée. Le trajet du poignet qui l’accompagne s’arrête à hauteur de l’épaule, freiné dans son élan. Juste avant de s’abaisser, la pointe menaçant à nouveau le sol de son tranchant.
Tarja, qui regarde la scène cachée derrière un arbre séculaire, ne sait quoi faire ni penser. Elle n’ose esquisser le moindre geste, apeurée de provoquer un bruit qui trahirait instantanément sa présence. Tétanisée par le froid et l’angoisse, son cerveau est comme atteint de paralysie. Les extrémités de ses doigts blanchissent tant elle serre le tronc fortement de ses mains et ses bras.
Cette soirée avait pourtant si bien débuté. Avec Jack et Glen, ils étaient invités à une réception costumée, un bal masqué sur un thème plus qu’original : les Incas. Eh oui, le travestissement usuel devait impérativement avoir un lien direct avec cette civilisation, coutumière de rites barbares où le sang coulait à flots. Les sacrifices d’enfants, d'hommes et de femmes étaient monnaie courante sous le règne des fils du Soleil. L’Amérique du Sud est le berceau de ce que l’on nomme la momification. Les chercheurs ont mis à jour de nombreuses tombes qui permettent de mieux comprendre ces rites funéraires.
La lune éclaire la lande de sa lumière tamisée et laiteuse. Le vent, léger, mais glacial, livre sa musique au rythme de l’eau qui s’enfuit dans la rivière. L’eau scintille, sa noirceur nocturne lui donnant un aspect surnaturel. Une véritable ambiance de film de loups-garous…
Alors qu’elle regarde attentivement, malgré les larmes qui lui brouillent la vue, ses deux amis en train de s’entretuer, ses yeux se posent sur Glen, allongé à terre, pieds et poings liés. Jack se montre menaçant au-dessus de lui et fait passer la lame tout près du visage de son ami. Elle est incapable d’entendre ce qu’ils peuvent se raconter. Le vent ne porte pas dans la bonne direction, ce qu’elle regrette, mais lui procure une chair de poule à faire pâlir de jalousie un cactus. Néanmoins, elle se dit qu’elle a plus qu’intérêt à ne pas éternuer, car Jack l’entendrait tout de suite. Et vu la folie dont il semble l’objet, elle ne donne pas cher de sa peau.
Comment ses propres amis ont-ils pu en arriver là ? Elle ne comprend pas ce qui se passe. La peur de voir s’abattre le sabre sur Glen la tétanise. Et pourtant elle doit agir si elle veut les aider. L’alcool qu’elle a ingurgité durant la soirée ne va pas arranger les choses pour passer inaperçu. Jack et Glen en ont consommé plus que de raison aussi ; peut-être est-ce là la cause de leur folie.
Le visage de Glen semble résigné ; par moment, des spasmes lui secouent le corps. Serait-il déjà blessé ? À cette distance, il est impossible de distinguer s’il saigne ou non. L’arme de Jack a l’air immaculée, sans aucune trace sombre apparente sur la lame. Tarja regarde autour d’elle à la recherche d’une cachette propice afin de s’approcher de ses amis. Le bosquet qu’elle aperçoit un peu plus loin se situe à environ 150 mètres et totalement à découvert. Elle se dit que si elle arrive à passer derrière Jack, elle devrait pouvoir le raisonner et lui faire lâcher son sabre. Par mesure de prudence elle ramasse un morceau de bois qui traine à terre et qui pourrait faire office d’une excellente matraque, si besoin.
Au même instant, Jack tend son arme au dessus de Glen, les mains jointes sur le manche, prêt à fendre l’air de cette lame menaçante ; un seul geste, et Glen se retrouverait transpercé de part en part. Tarja étouffe un cri et profite de cet instant afin de parcourir les quelques dizaines de mètres qui la séparent de son abri provisoire. Glen ayant les yeux fermés, il n’a pu la voir. Quant à Jack il est trop occupé pour le moment…
Jack chancelle, sous l’effet de l’alcool. Il y a bien longtemps que la limite légale est dépassée ; son taux doit être si élevé qu’un test d’alcoolémie en inventerait des couleurs. Alors qu’il s’apprête à baisser le sabre au plus près de Glen, le vent amène à ses oreilles un bruit de roues et de pas. Le grincement qui accompagne ces sons le fait tressaillir. La peur de se faire prendre en flagrant délire avec son ami lui souffle comme une dose de lucidité. Glen n’est pas dans un bel état et ne pourrait certainement rien justifier de la situation. Il écoute encore et encore, mais n’ose pas se retourner. Un voile nuageux vient ombrager la lune. La lande, ainsi obscurcie, prend une teinte malsaine ; l’eau noire fait aisément penser à du sang qui s’écoule lentement, poisseux et acre… Le frisson qui le parcourt à cet instant le met mal à l’aise. Le grincement reprend de plus belle, suivi de près du bruit de sabots martelant le sol, nerveusement. Un bruissement se fait entendre et lui provoque une crise de palpitations d’une force peu commune. La terreur le submerge tout en l’empêchant de la moindre réaction.
Tarja, qui suit la situation du bosquet où elle se trouve ne comprend rien à ce qui se passe décidément. Jack a l’air inquiet, troublé par quelque chose. Se doute-t-il de sa présence ? Impossible, même s’ils étaient ensemble lors de la soirée. Avec la luminosité qui a brusquement baissé, elle voit moins bien qu’il y a quelques minutes. Elle remarque très nettement par contre la main qu’il porte à son cœur. Tarja écoute le silence de la lande, le vent étant réduit à sa plus simple expression. L’absence de bruit est impressionnante. Persuadée que Jack est en train de faire une crise cardiaque elle s’élance vers lui, sa massue improvisée toujours fidèlement rivée à sa main. Quand elle arrive à moins de dix mètres de lui, Tarja se met à crier son prénom.
Pendant que Jack récupère un peu de cette surprise désagréable en se massant le cœur, il entend une voix hurler son prénom. Son sang ne faisant qu’un tour, il se retourne brutalement, sans prêter attention au fait que sa lame est dirigée vers le nouveau venu. Alors qu’il réalise qu’il s’agit de Tarja, il se demande la raison de la présence d’une charrette et de chevaux juste derrière elle.
Tarja ne comprend rien en voyant Jack brandir son arme alors qu’il lui fait face. Pourquoi le menace-t-elle ? N’écoutant que sa raison, et profitant d’un instant fugace où Jack a le regard perdu sur la lande, elle bondit de côté et lui assène un fort coup de massue sur le crâne. Alors qu’il tombe à terre dos au sol, elle en profite pour regarder comment se porte Glen. La surprise et le doute s’emparent
D’elle en voyant son ami allongé et cuvant son alcool sur le tapis herbeux. Ce qu’elle avait interprété comme une situation meurtrière se dévoile d’une manière tout à fait inoffensive. Glen, jambes et bras en croix, n’est attaché à rien du tout et est totalement libre de ses mouvements. La tache sombre, et le spasme, vus de loin un peu plus tôt se révèlent être non pas du sang, mais uniquement le fruit d’un excès de boisson l’ayant fait vomir, tout simplement. Un voile humide s’empare de ses yeux et lui inonde les joues. Comment a-t-elle pu être assez idiote pour penser que ses amis étaient en train de s’entretuer ? Elle laisse choir son arme à terre, et porte un regard plein d’angoisse et de tristesse vers Jack, dont la tache brunâtre qui se trouve sous sa tête ne laisse aucune équivoque sur la gravité de la situation. La tempe tuméfiée n’augure rien de bon.
Jack, dont la vue se trouble suite à ce coup porté à sa tête, ne comprend pas ce qui se passe. Lui et Glen étaient en train de s’amuser – comme des idiots certes — après avoir ingurgité de trop nombreux verres d’alcool. Et soudain, c’est le black-out. Le 31 décembre va se terminer d’une bien étrange manière. Alors qu’il cherche du regard son agresseur, il remarque une silhouette squelettique qui se tient à quelques mètres à peine. Une espèce de cape vole au vent et un feutre aux larges bords l’empêche de voir le visage émacié ainsi caché. L’objet qu’il tient dans ses mains l’interpelle aussitôt ; une faux, dont l’éclat de la lame luit effrontément à la lumière lunaire.
Alors qu’un horrible rictus fige son ultime souffle, Jack ne se soucie désormais plus de rien. L’Ankou tourne les talons et repart sur sa charrette. La dernière moisson du dernier jour de l’année vient de donner vie à son successeur…
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N.B : L’ANKOU est un personnage de la tradition orale et des contes bretons. Il est l'ouvrier de la mort (oberour ar maro).
Le dernier mort de l'année, dans chaque paroisse, devient l'Ankou de cette paroisse pour l'année suivante. Quand il y a eu, dans l'année, plus de décès que d'habitude, on dit en parlant de l'Ankou en fonction : « sur ma foi, celui-ci est un Ankou méchant ».
On dépeint l'Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d'un large feutre; tantôt sous la forme d'un squelette drapé d'un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu'une girouette autour de sa tige de fer, afin qu'il puisse embrasser d'un seul coup d'œil toute la région qu'il a mission de parcourir.
Il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu'elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l'Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.
Le char de l'Ankou (karrik ou karriguel ann Ankou) est fait à peu près comme les charrettes dans lesquelles on transportait autrefois les morts. Il est traîné d'ordinaire par deux chevaux attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué, se tient à peine sur ses jambes. Celui du timon est gras, a le poil luisant, est franc du collier. L'Ankou se tient debout dans la charrette.
Il est escorté de deux compagnons, qui tous deux cheminent à pied. L'un conduit par la bride le cheval de tête. L'autre a pour fonction d'ouvrir des barrières des champs ou des cours et les portes des maisons. C'est lui aussi qui emplit dans la charrette les morts que l'Ankou a fauchés.
Lorsque l'Ankou se met en route pour sa tournée, sa charrette est, dit-on pleine de pierres, afin de rouler plus lourdement et de faire plus de bruit.
Arrivé près de la maison où se trouve le moribond qu'il doit cueillir, il décharge brusquement sa charrette, pour faire place à son nouveau "lest". De là ce fracas de pierraille que l'on entend si souvent dans les logis où l'on veille un mourant, juste à l'instant où celui-ci rend le dernier soupir.
Bal de match
Par Christine
Poussant la porte d’entrée, Tarja la vit de suite. Ou plutôt, devina sa présence, trahie par la lueur crème sur le meuble sombre, au lieu du fouillis habituel de prospectus. Une enveloppe était posée, là. Curieuse, elle l’ouvrit pour en sortir une feuille épaisse, douce, veloutée, filigranée. « Mazette, c’est le grand luxe !» murmura-t-elle tandis qu’un bruit lui fit tourner la tête.
- Alors, alors, c’est quoi, hein ?
- Tiens, tu es déjà rentré, Jack ? dit-elle à son colocataire. Tu es seul ? Tu as perdu Glenn en route ?
- Non, non, il arrive. Le temps de trouver une place pour se garer. Alors ? C’est quoi cette lettre mystérieuse ?
- Ne me dis pas que tu n’as pas regardé, curieux comme tu es. Hmmm ?
Jack ne répondit pas, mais à son sourire en coin, Tarja comprit qu’elle ne serait pas la première à connaître le contenu de l’enveloppe. Parcourant les phrases tracées en grandes lettres élégantes, elle fit une moue.
- Une invitation !
- Oui !!! Chouette, non ?
- Non ! Une invitation à un bal masqué. Je hais les bals masqués.
Une voix grave derrière elle la fit sursauter.
- et pourquoi elle boude les fêtes, la p’tite Tarja ? Elle est de mauvais poil aujourd’hui ? les Papous et les Incas de son bureau n’ont pas été gentils avec elle ?
- Pff… Glenn ! Tu en fais un beau, de cas ! J’aime bien les fêtes, mais …
- Mais quoi ? chantonna Jack en la prenant par la taille pour l’entraîner dans une improvisation de zouk. Au bal, au bal masqué, Ohé ohé ! Mais quoi ? Au bal masqué, ohé…
- Jack, j’t’en prie ! Arrête de gigoter, on dirait que tu viens de t’asseoir sur un cactus !
- Alleeeeez, Tarja ! On va se déguiser, on va s’amuser, ça va être géniââl ! Et puis, t’as vu qui nous invite ? Olivier d’Estourville ! Ça va être grandiose, il y aura une ambiance du tonnerre !
- Peut-être… répondit-elle, songeuse.
Elle se garda bien d’ajouter quoi que ce soit.
Mais n’en pensa pas moins.
Si Olivier d’Estourville, honorable banquier de son état et escroc notoire, avait le sens de l’apparat et le souci de se montrer sous son meilleur jour, arrive tôt ou tard un moment où il faut savoir extirper la vérité derrière les illusions et les façades. Cet homme avait l’esprit plus tortueux que le plus déchiqueté des abers.
Et ses actes étaient loin d’avoir l’élégance de son physique.
Pour preuve cette manière de narguer ses anciens partenaires financiers avec ce bal. Chacun savait, sans avoir le moindre recours, que la fortune de d’Estourville s’était faite à la manière Madoff…
Tarja ne comptait pas en rester là.
Arriva le grand jour. Ou plutôt la grande soirée.
Glen se frottait le visage.
- Attention, Glen, tu viens de t’en mettre jusque sous l’œil.
- Hein ? Glen regarda sa main, pleine de fard noir et gras. Oh, merci Tarja. J’aurais mieux fait de coller un postiche au lieu de me dessiner une barbe.
- Ce n’est pas si mal, sourit-elle. On dirait un mélange de « Pirate des Caraïbes » et de « Yogi l’ours »…
- Et toi, tu es parfaite en sosie de Maureen O’Hara ! On te dirait prête à embarquer sur le Cygne noir !
- Bon, c’est pas bientôt fini toutes ces bisounourseries? râla Jack. Et moi, alors ?
- Toi ? Heu… Glen et Tarja se regardèrent en éclatant de rire
- Merci ! Je vois que vous êtes d’accord !
- Et bien….heuhhh… et bien…
- Et bien ?
- Non, non, rien ! Très réussie, ton imitation de Casimir !
- Je vous déteste ! Casimir ? Mais non ! C’est Barberousse. M’enfin !
- Ahhh, maintenant que tu le dis….
À côté du buffet, position hautement stratégique s’il en est une dans ce genre de soirées, les trois amis ne perdaient pas une miette du spectacle. Tenues bigarrées, loups de velours, perruques, la salle était un tourbillon de couleurs, de rires et de musique.
- Attention, le voilà ! dit Tarja en se tournant vers ses deux acolytes.
- Où ça ?
- Chut ! Sois plus discret Glen. Là ! Olivier est là. L’espèce de Casanova qui clignote de partout. C’est lui.
- Ah ? Ben vrai, il n’a pas lésiné sur les strass, c’est sûr !
- Des strass ? Jack, non ! Connaissant cet olibrius, tu peux être certain qu’il a sorti le grand jeu et que ce que tu vois là….
- Non ! Des vrais ? Attendez-moi, j’y vais. Je vais le secouer un peu. Pas tous les jours qu’on peut ramasser des babioles griffées Cartier ou Mauboussin…
- Jack ! Tarja le rattrapa par la manche. Jack, notre plan ! On y va ensemble.
- Zut ! Bon…
Olivier essayait de deviner qui était la belle inconnue qui se dirigeait vers lui. En vain. Il sourit tout de même alors qu’elle se penchait à son oreille.
- Je vous kidnappe ? lui susurra-telle d’une voix douce et traînante.
- Oh ? il regarda sa moue boudeuse et mutine. Mais oui ! Faites donc !
- Ne connaîtriez-vous pas un petit coin plus tranquille ? Plus... discret ? jouant de son éventail, elle le fit glisser lentement sur le haut de sa poitrine.
- Certes, certes !! Par ici, ma jolie !
L’œil égrillard, Olivier lui montra une porte à demi masquée par une tenture.
Tarja passa la première, pénétrant dans une petite pièce à peine éclairée par quelques appliques. Olivier la suivit, et s’apprêtant à refermer la porte derrière lui, sursauta. Glen et Jack venaient de leur emboiter le pas, et, se plaçant devant la porte, bloquaient désormais toute tentative de sortie.
- Mais, mais ? Que se passe-t-il ? bredouilla Olivier.
- Ah, on fait moins le malin, hein ! Sorti de ta cabane à sucre, t’es moins fier !
Prenant le sabre accroché à son flanc, Barberousse-Jack en plaça la lame sous le menton d’Olivier.
- Tarja, d’après toi, jugulaire gauche, ou droite ? Tu préfères quoi ? De quel côté ça saigne le mieux ? Parce que je crois bien que le Monsieur n’a pas d’option « garrot » fournie avec le costume… C’est bête….
- Mais enfin, que signifie… ?
- Mon cher d’Estourville, il est temps de régler nos comptes ! Tarja agita un petit papier. Tu vois ceci ?
- Oui ? Mais je, mais je… je ne comprends pas ?
- Tu as ruiné ma famille ! Avec tes investissements frauduleux et tes sociétés écrans pour ne rien rembourser ! Il est temps d’assumer tes responsabilités. Tu as tout intérêt à signer cette reconnaissance de dette.
D’Estourville n’osait avaler sa salive. Un geste de trop, et la pointe du sabre ne demandait qu’à s’enfoncer…
Il apposa sa signature en bas du feuillet, sans demander son reste. Les mains tremblantes et moites laissèrent tomber le stylo tandis que Tarja s’emparait du précieux papier.
Avant de suivre Glen et Jack, elle envoya un baiser soufflé du bout des doigts, puis disparut sur cette dernière phrase :
- Olivier, mon petit Olivier… Tu aurais dû te méfier un peu plus d’une belle masquée.
Balade de l'aber salé
Par Jean
La nuit sans lune était aussi sombre que les âmes les plus noires. Les feuilles des arbres tremblaient sous la force du vent qui leur envoyait un message silencieux : n’essayez pas de me résister, je vous ferai céder comme j’en ai fait ceder tant avant vous !
Glen sortit de chez lui et marcha lentement vers sa voiture, il avait les épaules voutées comme s’il portait tout le poids du monde sur ses épaules. En approchant de sa voiture, il vit une ombre sombre qui avait tout l’air de l’attendre lui … l’air de rien bien sûr ! Glen se redressa alors comme pour signifier à l’intrus que ce n’était pas le moment de le chercher.
- Eh, Glen ! Comment vas-tu ?
- Ah, c’est toi Jack ! Je ne t’avais pas reconnu, j’étais prêt à jouer des poings !
- Ouais, je sais que tu aimes toujours autant ça ! jouer des poings !
- Désolé, je suis fatigué et trop d’images dans la tête pour réfléchir normalement.
- Tu y vas tout de même cette nuit ?
- Où ça ? j’étais juste sorti prendre un peu l’air.
- Tu as oublié l’invitation de Tarja ? Son bal masqué ? Je suis sur que tu n’as même pas prévu de déguisement !
- Ah ça … euh si si, je vais y aller avec toi.
- Et pour ton déguisement ?
- T’inquiete pas de ça, je jouerai l’homme ivre, il me suffira juste de lacérer mon costume et ma cravate !
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, mais c’est toi qui voit Glen !
Pour la première fois depuis toujours, Glen tendit les clés de la voiture à son meilleur ami. Surpris, celui-ci hésita à les prendre.
- Mais, prends donc les clés, crétin. Tu vois bien que ce n’est pas la lame d’un sabre, ça ne va pas te couper ni même te blesser !
- Dis donc, Podna, tu abuses un peu. Je te trouve un peu dur avec moi, avec tout ce que j’ai fait pour toi jusqu’à présent !
- Haw ! Haw ! Haw ! et qu’as-tu donc fait de si fabuleux ?
- J’ai tenté de sauver ton couple, pauvre con !
- Ok ! Ok ! Ok ! si tu le prends comme ça, je vais finalement prendre mon sabre japonais pour te faire un petit dessin sur le ventre !
- Arrête donc un peu tes conneries, Glen ! N’oublie pas qu’on est amis toi et moi !
Un long silence s’ensuivit durant lequel les deux hommes se jaugeaient du regard. Les secondes firent place aux minutes, cela faisait presque cinq minutes que les hommes s’observaient sans dire un seul mot, tous deux les lèvres serrés. Ils semblaient en être au point de rupture où les deux meilleurs amis du monde devenaient capables de s’entretuer pour une broutille, comme deux petits caïds de banlieue voulant jouer à celui qui crache le plus loin … ou autre chose de moins réjouissant encore, si tant est que ces jeux stupides puissent être amusants !
Les deux hommes éclatèrent simultanément d’un rire franc et sonore, puis Jack s’approcha de Glen pour le serrer dans ses bras, comme le font deux amis qui se sont perdus de vue depuis trop longtemps.
- Bon, tu sais où se déroule ce bal masqué ? demanda Glen.
- Oui, c’est près de l’aber, celui où on allait quand on était gamin !
- Ah ! pas mal l’idée de ce lieu !
- Et oui …
- Tu as prévu un déguisement ?
- Oui !
- Ah, il faut t’arracher les mots de la bouche ! Et en quoi Monsieur va-t-il se déguiser ?
- Oh, rien de fantastique ! un simple masque de guerrier inca !
- Haw ! Haw ! Haw et tu as aussi prévu les cactus pour te décorer le corps avec ?
- Ben non … ça pique trop ! Mais il y aura de l’alcool de cactus. Tu sais comment on appelle ça ?
- Je ne sais pas trop ! Mezcal ou Tequila !
- Oui, peu importe, on s’en mettra une sacrée rasade alors ! Mais tu n’as toujours pas de dégusiement, Glen ?
- Oh que si, je vais sacrément surprendre la belle Tarja !
- Et c’est quoi ?
- Laisse moi dix minutes, je retourne à l’appartement et je reviens !
Quand Glen revint, il était litteralement métamorphosé. Il portait un costume trois pièces qu’il avait déniché on ne sait où. Il avait l’allure d’un PDG qui se rend à un conseil d’administration.
Les deux hommes prirent place dans la voiture, Jack au volant.
- Dis-moi, Glen, ton déguisement est impressionnant ! Je ne t’ai jamais vu aussi bien sapé, mais ça ne fait pas un peu juste ?
- Ne t’inquiète pas pour cela !
Jack conduisit à vive allure jusqu’à la maison près de l’aber. Il s’arrêta et coupa le moteur. Lorsqu’il sortirent, Glen allumait un barreau de chaise d’un diamètre incroyable …