Petite anecdote avant de lire les deux textes ci-dessous.
Le temps d'un pari, avec comme base commune : deux prénoms et un lieu (le cimetière).
Quelques heures durant, nos cerveaux moulinent et malaxent nos matières grises.
Un grand merci à Jean BEDROSSIAN, écrivain, avec qui j'ai pris un grand plaisir à cet exercice
Voici le résultat...
JACK & GLEN AU PAYS DES AMES
PERDUES
Auteur : David LASSALLE
Jack sort tous les soirs, entre minuit et une heure. C'est son heure de prédilection depuis des années. Il aime
y sentir le calme environnant, y voir la noirceur de la nuit. Toutes ces ombres créées par l'astre lunaire lui ouvrent comme de nouvelles voies.
Son pèlerinage quotidien le mène toujours vers cet endroit qui l'appelle désespérément. Le cimetière est fermé
à cette heure ci, sauf pour lui qui sait déjouer la sécurité ridicule du lieu.
Il ne profane pas, oh non ! Ce n'est pas son truc.
Il est plutôt comme chez lui ici, il se sent bien. Personne pour l'emmerder, pour lui dire ce qu'il a à
faire.
Le lecteur mp3 vissé sur les écoutilles, il écoute son groupe favori, Mayhem. Fan de black métal norvégien, le
berceau du genre, Jack aime à s'identifier dans leur apparence extrême, morbide, sans toutefois partager la philosophie du groupe. C’est plus par provocation qu’il le fait et rien
d’autre.
Du coup, il s'habille en noir des pieds à la tête, khôl noir autour des yeux, lèvres peintes en noir, croix
inversée sur la joue et en pendentif ; bref le look du parfait taré suicidaire option violence gratuite, histoire de compléter le côté glauque...
Les gens n'osent pas le regarder. Tête baissée, un pas vers la droite ou la gauche pour mieux l'éviter, ils
filent droits ces cons. Comme quoi l'apparence n'est qu'un rideau de futilité, une fumée que personne n’aime traverser.
Jack a quelques vices bien sur, mais rien de fondamentalement violent. Tout comme la croix inversée qu'il
arbore, rien qu'un signe, un item dans lequel il ne croit pas, mais ça dérange son prochain, et ce n'est pas pour lui déplaire bien au contraire.
Arrivé dans la petite ruelle sombre qui borde le Quai de Jemmapes à Paris, il saute sur le muret grâce aux
pierres poreuses qui lui permettent une prise facile et rapide.
Il se réceptionne tout en douceur, avec ses New-rock aux pieds.
Enfin, il se sent chez lui.
L'endroit, plongé dans le noir avec pour seule clarté la lumière blanche de la lune, l'apaise de tous ses
maux.
Il en oublie presque son mal-être ici, plongé au cœur des ténèbres et du vide absolu.
L'astre brille de mille feux, rond comme un disque, la perfection même.
Sortant des vêtements de son sac à dos, il marche jusqu'à son sanctuaire personnel, en plein milieu du
cimetière.
Là, il retrouve la petite pelle qu'il laisse toujours ici, et creuse un trou d'un diamètre et d'une profondeur
suffisants pour y glisser sans gêne pantalons, chemises, et autres fringues qu’il aime à porter.
C'est le seul moyen pour les laisser s'imprégner de l'âme des morts après tout...
La seule manière de prendre un peu de la force, de la volonté de chacun des corps étendus
ici.
Jack aime cette sensation. Après avoir laissé baigner dans la terre ses vêtements pendant quelques jours, les
sortir de l’emballage protecteur, les retrouver et les porter de suite. Comme si il se dégageait de ceux-ci une sorte d’aura magique, bonne ou mauvaise, cadeau des âmes perdues.
Tout à son occupation, il croit entendre des frottements sur les gravillons qui bordent les allées de
tombes.
Il s’arrête net dans son élan afin de porter un œil vers l’origine du bruit, mais ne voyant rien, il reprend
son labeur avec plus d’empressement.
Par moment, se sentant épié, il décrit un demi-tour complet le cœur haletant, sentant comme une menace cachée
dans l’ombre…
Mais après tout, avec son look, il ne risque pas grand-chose ! Si quelqu’un veut l’apeurer, cela va se
retourner en un clin d’œil contre lui.
Son regard se porte sur une bouteille laissée là, surement pour porter un toast à un disparu. Il s’en empare,
constate que ce bon vieux Glenfiddich a ravi son petit monde puisqu’il n’en reste plus une goutte.
La serrant dans sa main, il en casse l’extrémité d’un geste énergique afin d’obtenir un tesson ; sait-on jamais
quel dingue peut trainer dans un lieu pareil la nuit… sauf que lui, dingue, il ne l’est pas. Juste romantique ou nostalgique, au choix.
Le crissement des semelles reprend sur le gravier, avec une nouvelle donne. Une respiration suffisamment forte
pour flanquer une poussée d’adrénaline à faire pâlir d’envie un pilote de chasse.
Pour le coup il commence sérieusement à baliser.
C’est juste avant le hurlement ; un cri inhumain, bestial, témoignant d’une rage sans fin, d’une soif de
vengeance trop longtemps contenue.
Pour le coup il s’oublie, et noie joyeusement ses fringues, autant celles qu’il porte que celles qu’il est sur
le point d’enterrer.
Lâchant tout sur place, il se met à courir en se retournant sans cesse, le cœur battant à cent à l’heure. Alors
qu’il ne sait dans quelle direction aller et que la peur prend possession de tout son être et de sa raison, il continue de courir à perdre haleine.
Ses vêtements souillés lui collent à la peau, son maquillage coule sous l’abondante
transpiration.
Un deuxième hurlement se fait entendre, bien plus… proche !
Il sent son cœur défaillir. Sa gorge est nouée et s’étrangle elle-même dans un spasme
douloureux.
Il commence à apercevoir une sortie possible à une centaine de mètres quand une glissade sur le gravier lui
arrache un cri !
Il ne voit rien tellement l’angoisse et la peur foudroient et tétanisent toute son âme.
Troisième hurlement, si proche, si furieux. Il peut en sentir la fétide puanteur.
Il court, sentant sa jugulaire tendue à se rompre.
La serre qui l’attrape à la cheville lui fait vaciller la raison. Il se débat comme un fou, comme un
damné.
Tout en sentant son corps s’étirer vers l’avant et que ses pieds se soulèvent du sol, il à simplement le temps
de se dire que d’habitude personne ne l’emmerde, c’est lui qui fout la trouille.
Juste avant la chute, une micro seconde avant de toucher l’arrête saillante d’une pierre.
La douleur le submerge, la pierre le pénètre entre la deuxième et troisième cervicale, sectionnant sa source
vitale.
Quel lieu idéal pour se reposer définitivement…
Cette fois, ses vêtements vont rester un bout de temps sous terre.
La main qui lui tient encore la cheville reste pétrifiée, tout comme son propriétaire dont le regard affolé se
demande quoi faire.
Il le connait ce gamin depuis le temps qu’il vient faire son cirque dans le cimetière. Il le surveille pour
vérifier qu’il ne fait pas de connerie.
Il voulait simplement lui foutre une trouille bleue, plaisanter, rien de plus.
Faire connaissance…
Sa main tremblante relâche le corps inerte de Jack.
Le vieux Glen se retourne, pour regagner son antre un peu plus loin dans le cimetière, l’esprit ravagé par
l’accident…
La balade de Glen et Jack
Tu te rappelles l’endroit Jack ?
Oui, enfin presque !
Attend, tu es en train de me dire qu’on a fait 5 heures de route pour rien ?
Calme toi, je n’ai jamais dit une chose pareille !
Tu te fiches de moi ?
Tu crois ? mais non, j’en suis incapable ! Allez détend toi, tu emets des ondes négatives.
Encore heureux qu’il fasse beau, j’aurais pas apprécié ta ballade sous la pluie.
Et lui ? tu crois que ça lui plait de dormir six pieds sous terre ?
Des pieds ? ça fait combien en mètres ?
J’en sais rien ! Laisse tomber, c’est pas important.
Pinaise de pinaise, j’aime pas les cimetieres. Tu me fais venir ici la nuit, je prends mes jambes à mon cou.
Tu m’emmerdes avec tes pinaises ! Je ne te savais pas trouillard !
Quoi ? repete moi ça encore une fois et je te fais avaler ton dentier !
Ah Ah ! arrete de me faire rire. Suis moi en silence plutôt ! Faut respecter les morts dans un cimetiere. Mais, tu t’en fous ! t’es un un blasphémateur !
T’es toujours obligé de me faire lourdement sentir que Môssieur a fait des études ? seulement t’as besoin d’un manuel pour te tenir la main !
Attend, je reflechis ! c’est à droite ou à gauche ? La dernière fois, on est allé à gauche, et on s’est paumé. Allez, on va à droite !
Glen et Jack était de meme taille mais Jack était un peu plus corpulent. Les deux hommes avaient une demarche chaloupée, comme si un nerf récalcitrant était coincée au bas de leurs dos. Jack
avait peu de cheveux, sans être chauve tandis que glen adoptait une coupe courte qui le faisait ressembler à un para. Ils avançaient lentement dans les allées du cimetiere, essayant de se reperer
avec les couleurs des differents carrés. Ils avaient pas mal de points communs et le principal d’entre eux concernait leurs vertebres. L5-S1 pour Jack et L4-L5 pour Glen. Cela expliquait la
position de leurs corps qui leur donnaient une silhouette un peu bizarre. Mais pour l’heure, c’était là le cadet de leur souci. Ils etaient bel et bien perdu dans ce grand cimetiere et ils
pousserent un soupir de soulagement en voyant un homme un peu plus loin qui pourrait sans doute les renseigner.
Bonjour l’ami, vous pouvez nous indiquer la tombe de Scott ?
Qu’est ce qu’y veulent les deux comiques ? suis pas le gardien du temple moi
Connard, c’est pas un temple et tu sers à quoi si tu sais pas renseigner les visiteurs
Ah monsieur fait le mariole … t’avais qu’a te renseigner à l’accueil.
T’as trente secondes pour répondre, apres je repond de rien !
Tu sais pas qui je suis ? je suis un pékin comme toi qui vient mettre une fleur sur la tombe d’un pote. Tiens t’as meme pas de fleurs toi !
Allez dégage ! tu me mets fais perdre mon temps
Les deux compéres se regarderent apres cet echange un peu vif mais ils n’étaient pas plus avancés. Ils leverent en meme temps la tete vers le ciel et celui-ci était d’une gris présageant un orage
violent. Ils déciderent de se séparer pour trouver la tombe ….. L’orage arriva brutalement et la pluie tomba avec une violence inouie. Dans ce cimetiere, le tonnerre grondait et les eclairs
zébraient le ciel. Glen chercha Jack du regard mais ne l’aperçut pas. Il se mit vite à l’abri sous un grand arbre mais il se rappela le danger que cela représentait si la foudre s’y abattait. Il
quitta à regret son abri provisoire et marcha vers la sortie du cimetiere, où il pourrait se mettre à couvert. Il ne pensait plus du tout à Jack. Soudain, il entendit des bruits de pas marteler
le sol derriere lui. Instinctivement, il se mit à courir et il sentit alors la sueur glacée couler le long de son dos. Il était seul dans ce cimetiere, et on le poursuivait. Il n’osait pas
regarder derriere lui et il accelera sa course eperdue, persuadé de sa fin proche s’il ne parvenait pas à s’enfuir. Le martelement se rapprochait dangereusement et il se retenait pour ne pas
pousser un hurlement de terreur. Il en avait completement oublié ses douleurs lombaires, mu uniquement par l’instinct de survie.
Il parvint enfin à la sortie du cimetiere où l’attendait Jack, fumant tranquillement une cigarette.
Depeche toi, Glen ! ils sont juste derriere toi !
Fais pas le con, on fonce à la bagnole !
Pinaise de pinaise ! on dirait que tu as vu le Diable !
Essouflé et sans arreter sa course, Glen se précipita vers la voiture. Il chercha les clés dans sa poche mais il ne les trouva pas.
Il se retourna pour la premiere fois depuis sa course echevelée, les cheveux dressés sur la tête.
Il n’y avait que Jack qui venait vers lui, un fou rire incontrolable secouant son corps !!
T’es un vrai trouillard, Glen !
Ta gueule, répondit celui-ci