Ce site est consacré à la fibromyalgie et tout ce qui tourne autour de cette pathologie si douloureuse et du handicap qu'elle génère. Un des buts est d'en partager les connaissances et les conséquences souvent désastreuses qu'elle a à tous les niveaux de la vie. La fibromyalgie nous concerne TOUS, et de plus en plus ; elle est en passe de devenir un véritable phénomène de société, un problème de santé publique si aucune solution n'est trouvée rapidement. 3 millions d'enfants, de femmes, d'hommes, et sans doute davantage en raison d’erreurs chroniques de diagnostics et de l'aveuglement de certains médecins, en sont atteints en France, pays des droits de l'homme qui pourtant étouffe en permanence cette maladie handicapante et ignore de manière brutale les fibromyalgiques et les répercussions ultra-violentes que cette maladie ô combien douloureuse a sur les malades. On persiste à la qualifier de maladie nouvelle qui n'aurait que quelques dizaines d'années... C'est pourtant ignorer le fait qu'on en parle déjà au début du 19e siècle... le nom a évolué au bon vouloir des médecins, mais la maladie reste la même et provoque toujours plus de dégâts...
Maintenant que tout le monde connait le principe de nos joutes amicales, voici les quelques mots à caser avec pour thème "sur le bord de la route" :
- savonnette
- château
- dépression
FRAYEUR BLANCHE POUR PEUR BLEUE
Par David
Déjà que je me suis ramassé la figure sous la douche ce matin en voulant récupérer ma savonnette qui avait glissé des mains… Me voilà maintenant à plusieurs dizaines de kilomètres du château, sur le bord de la route longeant une superbe forêt normande, avec un ciel annonçant une sérieuse dépression. Le tout agrémenté d’une voiture fumant à rendre vert de jalousie un sapeur ! Le bonheur dans son entière plénitude ; ou presque.
Je suis doué pour les situations de ce genre. Glen et Tarja me le disent sans arrêt et se moquent souvent de mes péripéties involontaires. Mais quand je vais leur raconter ça…, je crains qu’ils me conduisent directement à l’asile sans passer par la case départ.
Comment pouvais-je me douter que cette belle auto-stoppeuse diaphane me jouerait un tour aussi pendable ? Mon altruisme finira bien par me perdre tôt ou tard… En y repensant, je me rendais compte que ce que je venais de vivre me donnait une chair de poule digne des meilleurs films d’horreur.
Cela devait faire dix minutes que j’avais quitté mon chat, tôt dès les premières lueurs de l’aube. Lui, restait tranquillement à ronronner dans les méandres de la demeure à la recherche d’un coin bien frais où dormir. Le rétroviseur laissait voir un ciel noir et opaque n’augurant rien de bon pour les prochaines heures. Le vent s’était levé et fouettait avec vigueur tout ce qui se trouvait sur son chemin. Les arbres laissaient branches et feuilles se balancer au rythme des rafales tout en entamant une mélopée qui avait tendance à jouer sur mon moral. Le ciel n’était donc pas seul à être sombre et les nuages emplissaient également mon esprit…
Au bout de plusieurs kilomètres d’asphalte, je n’avais toujours rencontré personne ; il n’y avait vraiment pas âme qui vive dans cette région. En arrivant à Lyons-la-Forêt, je m’arrêtais toutefois devant un bar afin de prendre un café bien serré et acheter le journal local. Dès le breuvage avalé et cette petite pause terminée, je rejoignais mon bolide où je jetais nonchalamment la feuille de chou sur le siège passager. Je redémarrais lentement afin de ne pas me faire trop remarquer. La place du marché aussitôt dépassée, je tournais à gauche pour rejoindre la route de Paris. Après cinq petites minutes de conduite en pleine forêt, sur des voies étroites et délaissées, j’apercevais au loin un petit point blanc qui grossissait à mesure que je m’en approchais. La forme, à première vue impossible à identifier, se révélait être une jeune femme qui faisait du stop. Le ciel étant particulièrement menaçant, je n’avais bien évidemment pas le cœur à la laisser sous les trombes d’eau qui n’allaient pas tarder à s’abattre avec fracas sur le paysage. Arrivé à sa hauteur, je décélérais sérieusement. Une fois à l’arrêt j'arborais mon plus beau sourire, digne d’une publicité pour un dentifrice célèbre ; ne manquait que la rose entre les dents. La jeune femme, habillée de blanc des pieds à la tête, posait un regard neutre sur moi avant d’esquisser un geste timide et retenu afin d’ouvrir la portière. Elle ne semblait aucunement surprise ni effrayée de voir un inconnu l’aborder. Ses yeux d’un noir intense ne laissaient pas deviner ses pensées. Alors que je croyais qu’elle n’allait pas monter, sa main se dégageait de son vêtement et se dirigeait fermement à hauteur de la poignée de portière. L’ouverture laissait pénétrer un vent frais et tonique ainsi que le parfum de la terre et de l’herbe humide. Le silence était complet ; il n’y avait eu jusqu’à présent, aucun échange de mots. La situation en était troublante. Son visage reflétait une adolescence fraichement dépassée et il en émanait une sérénité déconcertante. Il n’était pourtant pas courant de croiser une jeune femme en pleine nature, sur le bord de la route, alors que le soleil peinait à se lever. Je la regardais entrer dans le véhicule, sa robe immaculée ondoyant sous ses formes délicates. Aucun son ne se formait, ni sur ses lèvres ni dans ses gestes. Ses mouvements étaient comme muets, enveloppés de ouate. Seule sa présence prouvait réellement son existence, sa réalité. J’avais envie de la toucher afin de vérifier que je ne rêvais pas. Si Tarja était là, elle me dirait que les femmes se déplaçaient toujours dans un silence irréel. Glen me jetterait des œillades lubriques, prêt à roucouler et à faire le dos rond en paradant devant cette superbe apparition fantomatique. Je me sentais fébrile à côté d’elle. La portière refermée, je ne lui demandais même pas où elle devait se rendre. De toute façon la route était longue jusqu’au prochain embranchement. J’enclenchais la première vitesse, et le paysage se mit de nouveau à défiler, d’abord au ralenti puis plus rapidement. Jamais elle ne m’adressait la parole. À aucun moment je ne cherchais à rompre ce silence. L’instant avait quelque chose de magique d’une certaine manière. La voiture avalait les kilomètres, les rubans de macadam s’enchainant sans rien proposer d’autre à l’horizon. Il serait toujours temps de lui demander sa destination et d’engager plus avant la conversation. Je me décidais à allumer l’autoradio afin de mettre un peu de vie dans l’habitacle, l’ambiance virant franchement au glacial. Mais il fallait croire que le temps, conjugué à la densité forestière du secteur, ne voulait m’offrir que des grésillements à n’en plus finir. Impossible de capter la moindre station. Si seulement le lecteur cd était encore en état de fonctionnement… décidément, depuis le début de la journée le sort semblait s’acharner sur moi. Comme une mise en garde pourrais-je croire, si j’étais superstitieux. Je sentais par moment le regard noir de la créature se poser sur moi, alors que mon attention était uniquement dirigée sur la route. Des picotements, une caresse urticante, m’effleuraient la nuque, comme une chair de poule qui augmentait ce malaise et ne faisait que croitre petit à petit. Pas une parole, pas un souffle ; rien que le silence et cette femme dans ses vêtements d’une blancheur à faire pâlir un mort. Le moteur ne faisait entendre qu’un léger ronronnement malgré mon pied qui écrasait la pédale. Des traces de freinage brusques surgissaient par instant sur la chaussée, indiquant de possibles accidents. Des tatouages sur le bitume qui devaient laisser dans la mémoire de certains de mortelles frayeurs.
Les lacets s’enchainaient, surgissaient subitement de nulle part. Des parapets étaient là aussi largement noircis par les chocs et frottements multiples. Je sentais comme une tension dans l’air ; un parfum indéfinissable qui me mettait considérablement mal à l’aise. Les mains de mon improbable accompagnatrice étaient délicatement posées sur ses cuisses, immobiles. Depuis quelques minutes je la sentais troublée, tourmentée. Où peut-être était-ce moi qui imaginais cela ? Je n’avais aucune idée de ce que je pouvais faire. La seule pensée qui me venait en tête était de piler et de la prier de s’en aller, aussi brusquement que notre rencontre. Nous traversions à ce moment-là une plaine où les champs s’étalaient à perte de vue. Alors que je tournais la tête vers son visage, elle se mit à hurler, un cri révélant une terreur incommensurable ! Comme si sa mâchoire s’étirait de bas en haut dans une grimace horrifique, elle me scrutait et dardait sur moi ses yeux impénétrables. L’instant suivant je regardais un siège vide, avec juste un journal posé dessus. Tentant de récupérer mes esprits, les poils hérissés de tous côtés, je fixais à nouveau mon regard sur le grand ruban bleu qui défilait sous les roues… mais pas assez rapidement. La fraction de seconde entre le cri et la prise de conscience était de trop. La légère inclinaison de la route précédait un double virage en épingle qui plongeait à nouveau au sein de la forêt. Le moment d’incompréhension et de panique passé, je me mettais debout sur la pédale de frein, entendant les cliquetis spécifiques du système ABS se mettre au travail. Contrebraquant à gauche afin de ne pas prendre de front le petit parapet, je sentais l’arrière du véhicule se cabrer et chasser. Un violent choc secouait la voiture, et faisait exploser un pneu dans un assourdissant fracas métallique. À l’allure où j’étais encore à l’entrée du premier tournant, je réalisais qu’il m’était impossible de le passer sans dommages. Le principal était de les limiter. Mon esprit embrouillé était encore en train de penser à cette apparition – peut-on la nommer autrement – qui s’était évaporée comme au cœur d’un rêve. Elle qui semblait aussi réelle qui n’importe qui. Le véhicule finit par stopper sa course en plein milieu du virage, en plongeant une partie de la carrosserie dans la terre meuble qui était sur le bas côté, mur imposant, mais salvateur. Les deux mains crispées sur le volant, mon esprit moulinait à vive allure. C’était comme si ma vie défilait en accéléré devant mes yeux. Je n’avais même pas senti le choc de l’air bag sur mon visage. Le hurlement d’effroi raisonnait encore au fond de mon cerveau et se répandait telle une onde électrique dans tous les tissus de mon corps. Cette bouche démesurément grande était imprimée sur mes rétines. Les minutes s’écoulaient et il me fallait appeler les secours. Mes yeux se posèrent sur le siège passager. Le journal n’avait pas bougé d’un centimètre. Les pages n’étaient pas du tout froissées, comme elles auraient dû l’être normalement après avoir été malmenées par une personne assise dessus… Je le saisissais entre les mains quand un encart retint mon attention : « une jeune lyonsaise de 18 ans perd la vie dans une collision en plein cœur de la forêt ». La photo ne laissait aucun doute, il s’agissait bien de la jeune femme qui était montée avec moi. Rêve ou cauchemar, cette dame blanche m’avait-elle sauvé la vie ou souhaitait-elle me l’ôter ?
N. B. Les auto-stoppeuses fantômes
Une évolution récente du mythe de la dame blanche est celle de l’auto-stoppeuse fantôme. Il s’agit presque exclusivement d’apparitions de jeunes femmes, même s’il existe quelques cas d’autostoppeurs. Une jeune femme habillée en blanc fait de l’autostop la nuit et, après être montée dans un véhicule, disparaît brusquement, soit à l’approche d’un passage dangereux en poussant un cri d’alarme, soit en arrivant à une adresse donnée. Ce phénomène est connu un peu partout dans le monde et est généralement considéré comme appartenant aux légendes urbaines. Elle se montre peu loquace, voire complètement muette. Après un parcours assez court, elle pousse un cri d'avertissement à l'arrivée à un passage dangereux, virage ou carrefour, puis disparaît inexplicablement du véhicule en mouvement dont les portes restent fermées. Contrairement aux dames blanches « fées » ou « messagères » qui sont des entités, les auto-stoppeuses fantômes semblent être toujours le fantôme d’une personne contemporaine décédée accidentellement.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Auto-stoppeuse_fant%C3%B4me
Photo récoltée à cette adresse : http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://1.bp.blogspot.com/_AzNzyfksigU/S97UUlG-S1I/AAAAAAAAAgI/vFZ4fbX_NSQ/s1600/dame1.jpg&imgrefurl=http://euromythes.blogspot.com/2010/05/ikrame-et-fionna-damiens-vous.html&usg=__VQbyQ6Axgt7Rp2M0qZXvI4K4k7Q=&h=285&w=400&sz=19&hl=fr&start=0&zoom=1&tbnid=0pvD68n4PVDk2M:&tbnh=148&tbnw=201&ei=n64ITqqlCdD2sgafmvzbDA&prev=/search%3Fq%3Dauto-stoppeuse%2Bdame%2Bblanche%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26hs%3D4WF%26sa%3DX%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26biw%3D1152%26bih%3D739%26tbm%3Disch%26prmd%3Divns&itbs=1&iact=hc&vpx=845&vpy=312&dur=68&hovh=189&hovw=266&tx=182&ty=104&page=1&ndsp=24&ved=1t:429,r:23,s:0&biw=1152&bih=739
Arme blanche pour fleur bleue
Par Christine
Quelque part dans les Cévennes, Entre Causse Noir et Causse Méjean. Une belle fin d’après-midi. Une route en balcon. Une voiture.
La main gauche sur le volant, Glen sifflotait joyeusement en battant la mesure de la main droite. Il lança un coup d’œil vers le siège passager.
- Alors, elle est pas belle ma p’tite Corvette ? J’ai pas eu raison de vous emmener en promenade ?
Tarja se mit à gigoter.
- Aïe ! Mais fais donc attention ! grogna Jack. Regarde où tu mets ton coude ! Tu viens de me briser au moins trois côtes d’un coup.
- Tu crois peut-être que je suis mieux lotie que toi ? Souffre donc un peu en silence !
- T’as raison, je ferais mieux de me taire. Sinon, je suis obligé, en plus, d’avaler tes cheveux lorsque j’ouvre la bouche. C’est pas que ce soit mauvais, chère amie, mais cet arrière-goût d’après-shampoing à la pomme….
En y regardant de plus près, Tarja était installée, tant bien que mal, sur les genoux de Jack. La place manquait pour bouger. Le moindre geste esquissé par l’un devenait dangereux pour l’autre.
Glen prit une mine faussement contrite.
- Désolé, les amis. C’est vrai qu’un siège passager pour deux, c’est un peu juste.
- Non…. Tu crois ? Tarja voulu se redresser et se cogna la tête. Aïe ! Zut ! Jack a les genoux si pointus que je me demande ce qui est le pire : avoir l’impression d’être assise sur une planche à clous, ou finir la tête fracassée contre le plafond de ce truc.
- Un truc ? Ma Corvette, UN TRUC ? Écoute donc le ronronnement de ce petit bijou ! 647 chevaux au galop, ça laisse rêveur, non ? Un V8 avec un son pareil, crois-moi, t’es pas prête d’en entendre un de sitôt.
- M’en fiche, moi, de l’entendre de sitôt, fit Tarja. C’est le « de si près » qui me gêne…
- Bon, la prochaine fois, je me contenterai d’un seul passager et tant pis pour vous…
- Oui ! T’as raison Glen ! Contente-toi d’un seul connaisseur, d’un vrai. Moi, quoi !
- Ahhh, mais non, Jack ! Glen ne veut pas d’un passager… mais d’une passagère ! Pas vrai, Glen ?
- Peut-être ? Glen eut un petit sourire en coin. Peut-être ? Va savoir…
- Oh, mais c’est tout vu mon p’tit Glen ! Tarja secoua la tête, amusée. À mon avis, une certaine Sophie que je ne nommerai pas ne doit pas être étrangère à l’achat de ce petit bolide. Non ?
- Sophie ! Jack sursauta. Mais oui ! Mais pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
- Jack !! Je te préviens !! Si tu remues encore un seul atome, je…
- Tu quoi ? Vazy, Tarja, exprime-toi ! Et de préférence sans me broyer les rotules... ou pire…
- Je… rien… laisse tomber…
En fait, les deux amis étaient ravis de se chamailler, et encore plus heureux de voir que le visage de Glen s’était illuminé lorsqu’il avait entendu le prénom « Sophie ». Après une histoire d’amour qui s’était mal terminée, leur ami semblait enfin sortir de sa longue période de dépression pour retrouver le sourire. Et Sophie n’avait pas l’air de rester insensible à ses avances. Avances timides, certes, mais pleines d’espoir.
- Glen, ce n’est pas le levier de vitesse…
- Oup’s ! Pardon, Tarja ! Glen retira sa main du genou de la jeune femme. C’est vrai qu’on n’a pas beaucoup de place. Mais bon… c’est pas une voiture familiale !
- Ah ça non ! C’est juste un piège à filles…
- Bah… il en suffit d’une, répondit Glen. J’suis pas exigeant, une suffira.
- T’as raison Glen, dit Jack. C’est tout comme moi avec ma douce. Quand on a trouvé l’amour, la vie est tout de suite plus belle. C’est comme qui dirait un bain de mousse avec plein de bulles de toutes les couleurs..
- Mouais, plus belle.. plus belle…jusqu'au jour où la savonnette vous glisse des mains et…
- Oh ! Tarja ! Tu exagères !
- Moi ? Je dis ça pour votre bien, c’est tout… Hé, les gars, c’est quoi, ça ? s’exclama soudain la jeune femme.
- Ça ? C’est le super beau point de vue que je voulais vous montrer. Vue imprenable sur la Jonte, tout en bas, et sur un joli petit château qui serait parfait comme résidence secondaire. Deux secondes, je me gare…
Après un demi-tour parfait, dans un crissement de gravillons heurtant la carrosserie blanche, la voiture s’arrêta, museau au ras d’un à-pic impressionnant. Glen continuait à rêver tout haut à propos de sa vie future, de la ribambelle d’enfants qui galoperaient bientôt dans les herbes hautes, ou de sa dulcinée aux yeux doux. Jack faisait écho, en vantant la tendresse de sa belle et le romantisme des soirées zyeux dans les zyeux main dans la main.
Tarja soupira.
Regarda Glen à sa gauche. Pas Jack, puisqu’elle était assise sur ses genoux, mais se dit qu’il devait avoir le même sourire béat et le même regard brillant.
Elle tendit la main.
Tourna la clé de contact tandis que d’une pression du pouce sur la télécommande, elle verrouilla les portières.
Desserra le frein à main.
Appuya sur le pied de Glen. Le moteur rugit.
La voiture s’envola avant de plonger dans le vide.
- 3 secondes et demie pour passer du 0 au 100 km/h… C’est parfait. Gardez vos illusions tant que vous êtes encore en vie, les mecs. Vous êtes vraiment trop fleur bleue.
La nuit des lueurs
Par Jean
Les pneus surchauffés du puissant véhicule semblaient glisser sur cette longue route de campagne déserte. La lueur des pleins phares ne suffisait pas à assurer une visibilité correcte. Pourtant, le conducteur ne ralentissait pas dans les virages, il lâchait à peine l’accélérateur pour relancer le moteur dès qu’il entrait dans la courbe.
─ Ralentis, Glen !
─ Pourquoi, tu as peur, Jack ?
─ Tu roules à deux cent kilomètres à l’heure en pleine nuit, sans aucune visibilité !
─ Et alors ? Tu sais bien que je suis nyctalope, tu ne t’en souviens plus ?
─ Ok, si tu veux nous tuer, libre à toi.
Glen tourna son visage vers Jack un bref instant, avant de se concentrer à nouveau sur la route et la conduite du puissant véhicule. Comprenant que son ami avait vraiment peur, il ralentit pour revenir à une vitesse plus raisonnable.
─ Tu es content, Jack ? Je suis une vraie petite mère pour toi. Allons, détends-toi !
Jack préféra se murer dans un profond silence, tout en fixant la route devant lui à travers le pare-brise. Il regardait sans voir, ne faisant plus attention à Glen qui lui jetait de rapides coups d’œil à la dérobée, tout en maîtrisant parfaitement la voiture au moteur sur-gonflé. Jack plissa soudain les yeux pour mieux regarder ce qu’il voyait, profondément surpris par l’étrange spectacle qui se déroulait juste devant, un peu plus loin.
─ Arrête-toi, Glen ! Dit-il d’une voix faible en articulant à peine.
A ces mots, Glen ralentit instinctivement et tourna la tête vers son ami.
─ Que se passe-t-il, Jack ?
─ Regarde ces lueurs au loin !
─ Et alors, ce sont juste les éoliennes, tu sais bien qu’on voit toujours ces lumières rouges la nuit. Ce ne sont que des éoliennes !
─ D’accord ! D’accord ! Alors tu peux sans doute m’expliquer pourquoi ces lueurs sont bleues, jaunes et vertes ? Rétorqua Jack d’une voix morne.
Glen regarda plus attentivement et vit que son ami avait raison, ce n’était pas normal. Il ralentit progressivement en utilisant le frein moteur, puis il immobilisa le véhicule en douceur sur le bord de la route déserte. Il devait être à peu près deux heures du matin. Même en plein jour, il y avait très peu d’usagers sur cette route à l’écart de toute habitation, de toute vie. Les deux hommes sortirent de l’habitacle pour observer plus attentivement l’étrange phénomène. Une violente averse tomba soudain, donnant un climat surréaliste dans ce cadre perdu au milieu de nulle part. Ils étaient impassibles, insensibles à la pluie qui les trempa de la tête aux pieds en quelques minutes, avant de cesser aussi vite qu’elle était arrivée. Jack rompit enfin le silence pour déclarer que la route se serait transformée en véritable savonnette, s’ils avaient continué à rouler.
─ Glen, que fait-on maintenant ? On reprend la route ou on s’approche pour voir ce que c’est ?
─ On va reprendre la route, ça ne sert à rien de se faire une fausse frayeur pour ces lumières.
─ Ok ! mais ça me paraît tout de même un peu trop près du château !
─ Quel château ?
─ Tu es sûr que ça va bien, Glen ? Le château où on se rend pour y passer la nuit ! La où on a été invité par Tarja !
─ Ah, oui ! Exact. Je n’y pensais plus.
─ Décidément, tu m’impressionneras toujours mon petit Glen !
─ Le jour où je ne t’impressionnerais plus, je serais mort, ou pire en pleine dépression.
─ Toi en dépression ? Je n’y crois pas une seule seconde !
─ Ah bon ? Et pourquoi donc ?
─ Tu es équilibré, fort et rien ne peut t’atteindre.
─ C’est l’impression que je te donne, Jack ? C’est ce que tu penses ? Vraiment ?
─ Ben oui !
─ Pourquoi pas après tout ! Tu sais tout de même que tu peux te tromper du tout au tout sur mon compte ?
─ Oui, sans doute. Mais je ne t’imagine pas plonger dans la dépression.
─ Ok ! On en reparlera le jour où ça arrivera. Tu penseras à me rappeler ce que je viens de te dire … le jour où ça arrivera !
─ J’ai du mal à te suivre, Glen. Tu as un comportement étrange depuis quelques jours.
─ Oui, je sais. C’est aussi ce que je me dis. Mais inutile de te faire du mouron, ça n’en vaut pas la peine.
─ Bon, et si on y allait maintenant ? La pluie vient juste de s’arrêter et ces lueurs sont toujours là, qu’on reste ici ou pas, ça ne changera rien !
Les deux hommes reprirent place dans la voiture, Glen mit le contact et démarra le moteur. Il embraya en douceur puis accéléra progressivement pour reprendre un rythme de croisière. Cette fois, il stabilisa sa vitesse à une allure beaucoup moins élevée sur cette route en rase campagne. Ils s’étaient arrêtés pour pas grand-chose, finalement.
─ Dis-moi Glen, ce château, c’est celui d’un marquis ?
─ Marquis, Comte, Duc, peu importe ! C’est le château de Tarja.
─ Oui, je le sais bien ! Mais j’aime bien connaître l’histoire d’une maison, et un château est une maison, particulière certes, mais ça reste néanmoins une demeure habitable.
─ Tu sais quoi, Jack ?
─ Non. Dis-moi ?
─ Personnellement, je m’en fiche.
Jack observa son ami du coin de l’œil en tournant légèrement la tête vers le conducteur. Décidément, Glen avait vraiment des réactions étranges depuis plusieurs jours. Jack se dit que son ami avait tout simplement du sommeil en retard, ça irait beaucoup mieux après une bonne nuit peuplée de rêves … ou de cauchemars. Au fur et à mesure que la voiture approchait des lueurs étranges, Jack et Glen étaient sensiblement nerveux et ils ressentaient tous deux une sensation d’angoisse. Une sensation seulement, car ils étaient trop rationnels pour croire aux forces surnaturelles, quelles qu’elles soient !
Au niveau des lueurs de plus en plus étincelantes, Glen regarda Jack et ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Ce bref moment d’inattention suffit pour que la voiture se déporte vers le bord de la route et monte sur le petit talus qui la séparait du champ juste derrière. Glen essaya de redresser la direction mais il n’y parvint pas correctement et le véhicule partit en travers sur plusieurs dizaines de mètres, emportée par son élan il fit ensuite plusieurs tonneaux, avant de s’immobiliser sur le toit. Les deux hommes étaient groggy et Glen reprit conscience en quelques minutes. Il parvint à ouvrir sa portière et sortit lentement en se contorsionnant. Puis, il avança à quatre pattes sur quelques mètres avant de se remettre debout sur ses pieds. Il se pencha pour regarder l’intérieur de la voiture et se rendit compte que Jack était toujours inconscient. Il fit le tour en boitant un peu, décidé à sortir son ami du véhicule posé à l’envers. A l’instant où il allait ouvrir la portière, il entendit un bruit bizarre et fut projeté brutalement en arrière. Assis sans comprendre ce qui venait de se passer, ni comment il se trouvait dans cette position, il fixa la voiture en écarquillant les yeux de stupeur. Le moteur avait explosé et l’essence s’était enflammée, l’habitacle se transformant en piège mortel pour Jack. Glen se remit debout et malgré la violente douleur qui lui déchirait le bas du dos, il se porta au secours de son ami, toujours inconscient. Il y eut alors une seconde explosion encore plus violente que la première et le véhicule s’embrasa, rendant le sauvetage de Jack quasiment impossible. Il essaya de s’approcher mais les flammes de plus en plus hautes, l’en empêchèrent.
─ Jack ! Jack ! Hurlait-il de détresse et de terreur à la vue de son ami qui allait inévitablement périr, brûlé par les flammes infernales.
Il perdit connaissance et chuta lourdement sur l’asphalte de cette maudite route. Les lueurs étranges clignotaient de plus belle, comme un sapin de Noël joliment décoré, mais leurs danse nocturne voulait marquer l’euphorie d’assister à la mort d’un homme.
Glen reprit conscience et se redressa pour s’asseoir. Surpris de ne plus voir les lumières maléfiques, ni la voiture carbonisée dans laquelle se trouvait Jack quelques minutes auparavant, il se frotta les yeux et s’aperçut qu’il portait juste son shorty. Son corps ruisselait de sueur, il pensa alors que Tarja avait accouru pour le conduire château, elle avait sans doute dû appeler les secours pour tenter de sauver Jack d’une mort effroyable. Il observa attentivement la pièce dans laquelle il se trouvait, elle lui semblait familière. Pourtant, il était persuadé de ne jamais avoir mis les pieds au château de toute sa vie.
On frappa à la porte et Glen invita le visiteur mystérieux à entrer.
─ Glen, tu n’as plus de café ! Dit une forte voix masculine.
Hébété, il ouvrit la bouche en se rendant compte que Jack était l’homme qui se tenait face à lui. Il ferma les yeux puis les rouvrit pour être certain qu’il n’était pas sujet à une hallucination. Mais non, c’était bien Jack !
─ Jack, tu te rappelles ce qui nous est arrivé tout à l’heure ?
─ Hein ?
─ Oui, te souviens-tu de ce qui s’est passé cette nuit ?
─ Disons qu’on a un peu abusé de la bouteille, et tu es parti te coucher avant moi. C’était de la téquila et on a pas mal fumé aussi !
─ Tu en es sûr Jack ? Tu en es absolument certain ?
─ Oh, pour ça oui. Mais ne t’inquiète pas, tu n’as pas vomi. Tu tiens encore bien l’alcool pour ton âge. Mais pourquoi cette question ?
─ Pour rien, répondit alors Glen.
─ Allez, dis-moi ! Ne te fais pas prier.
─ Non, pas pour l’instant. Tu veux bien me laisser seul, s’il te plait. J’ai comme qui dirait la tête à l’envers.
Jack écarquilla les yeux mais il recula lentement, puis il ferma doucement la porte après être sorti de la chambre de Glen.
─ Putain de cauchemar, c’était un putain de cauchemar !